Le Temps - 18. Janvier 2001
Succès éclatant pour le Dr Beat Richner!
Peter Rothenbühler
Jeudi 18 janvier 2001
 
Visite au Cambodge, ma deuxième en quatre ans. La paix est revenue, et avec elle, un plus grand nombre de touristes, quelques hôtels. Mais l'extrême pauvreté du peuple n'a pas disparu pour autant. Au bord de la longue route qui mène du centre-ville de Siem Reap aux temples d'Angkor Vatt, il n'y a que deux grandes affiches. L'une, de cinq mètres de haut, montre un énorme tigre qui annonce: «Taste the good life &endash; Tiger beer.» L'autre, quelque cent mètres plus loin, a été peinte par un pédiatre suisse, avec un balai trempé dans de la peinture noire: «Beatocello in concert, Saturday, 7.15 pm.» L'affiche est accompagnée de trois panneaux suspendus au-dessus de la route, où l'on peut lire: «All you need is love, all you need is blood, all you need is money, to save 2400 children per month.»
«Beatocello», c'est le docteur Beat Richner, pédiatre suisse parti, il y a neuf ans pour construire un hôpital d'enfants à Phnom Penh, puis un deuxième, puis le troisième, celui de Siem Reap. La plupart des 2000 enfants arrivant chaque jour dans les centres sont gravement malades. Leur souffrance montre que les premières victimes de toutes les guerres sont toujours les enfants. Un tiers sont atteints de tuberculose, un grand nombre sont séropositifs (le sida a été importé par les soldats de l'UNTAC en 1992-1993); 2800 enfants sont hospitalisés chaque mois, 3600 sont opérés chaque année.
En visitant l'hôpital de Siem Reap, je suis surpris par quatre choses. D'abord par la beauté du lieu. Puis le silence dans les salles surpeuplées (souvent les enfants sont deux par lit). Les gens sont heureux d'être là, ils sont pris en charge, ils savent qu'ils ne seront pas chassés à cause de leur pauvreté. Puis il y a la propreté, comme dans un hôpital suisse. Finalement, le personnel: chacun sait exactement ce qu'il doit faire. Neuf cents personnes travaillent dans les trois hôpitaux, seules trois d'entre elles sont étrangères.
Je pourrais continuer à citer des chiffres et des qualités prouvant l'efficacité de l'œuvre de Beat Richner, qui a dû se battre pendant des années contre le scepticisme des autorités suisses et des experts de l'OMS, qui ont traité son activité de «médecine de luxe». Ce n'est plus nécessaire. Les trois experts internationaux indépendants, commandités par la Confédération, sont arrivés à une conclusion sensationnelle. Ils ont parlé du «meilleur projet, meilleur management d'hôpital, meilleur rapport prix-efficacité jamais vu». Sur leur recommandation, la Confédération a triplé sa contribution et financé un centre d'information à Siem Reap, pour que Beat Richner et son équipe puissent enseigner aux spécialistes du monde entier comment construire et gérer une infrastructure efficace de pédiatrie dans les pays pauvres.
Mais le problème numéro un persiste: le Cambodge est trop pauvre pour contribuer aux 9 millions de dollars nécessaires au fonctionnement. Le docteur Richner doit faire la quête en Suisse, en donnant des concerts. Parmi les riches touristes venus «taste the good life» au Grand Hôtel d'Angkor ou au Sofitel tout proche, à 350 dollars la nuit, il y en a bien quelques-uns qui vont l'entendre et se rendre compte de l'absurdité de ce monde: sur les neuf millions de budget, plus de la moitié retourne en Europe, pour payer les médicaments. Au prix fort. L'œuvre de Richner est une très bonne chose pour les enfants du Cambodge &endash; et pour les caisses de Roche et compagnie aussi.
Il y a des jours, dans la vie d'un journaliste vieillissant, où l'on a envie d'appeler à la révolution.
 
© Le Temps, 2001

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